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L'esprit Audax
Rappel sur la conduite des brevets Audax

(La revue des Audax, Juillet 2003)

Dans le monde actuel l’individualisme à la vent en poupe : égoïsme et égocentrisme y semblent promis à un bel avenir. A l’opposé, des élans de générosité se développent (voir Téléthon et autres ONG…). Pour ce qui est du sport cycliste, l’Audax et ses valeurs se réclament indéniablement de ce second courant.

Nos brevets d’Audax voient la participation occasionnelle de cyclistes « sportifs » ou tout simplement adeptes par ailleurs de « l’allure libre ». Par ignorance, ceux-ci ne sont pas forcément « imprégnés » de « l’esprit Audax », ce que l’on peut comprendre, alors qu’ils ne demandent peut-être qu’à être initiés et convaincus….

Cette simple méconnaissance des principes fondateurs, produit bien des dérives. Rappelons que la scission des années 1920, qui donna naissance aux courants divergents de l’ACP (allure dite « libre »), et de l’UACP (allure réglementée – l’UACP est devenue UAF depuis), a eu lieu suite au rejet par quelques personnes de la philosophie initiale de Raphaël Boutin que l’on peut résumer ainsi : Tous ensemble du début à la fin, au profit des plus faibles, avec coup de fourchette, sourire et courtoisie réciproques.

Un capitaine de route qui arrive en avance
est un capitaine de route
qui a peur d’être en retard

Les Audax sont les garants de cette volonté de nos fondateurs…

Faut-il en rappeler encore une fois les principes techniques de base ? :

- la moyenne roulante d’un tronçon (22,5 km/h dans la plupart des cas – 16 km/h à l’origine !) est intangible, sauf situation météo favorable (vent portant), et sauf cas prévu d’une moyenne programmée (et annoncée !) inférieure où, plus rarement, supérieure (20 km/h, 25 km/h par exemple).

« Un capitaine de route qui arrive en avance est un capitaine de route qui a peur d’être en retard… ».

Si les organisateurs se donnent la peine de calculer et de communiquer des temps de passage dans les principales localités, ce n’est pas pour faire « joli » ! C’est aussi et surtout pour que ceux qui conduisent le groupe à un moment donné, disposent de repères horaires qu’ils se doivent alors de consulter fréquemment et de respecter : capitaines de route, ayez sur vous, facilement accessible, le tableau de marche prévu, et recalez-vous dans chaque village mentionné (exemple : « J’ai 2 minutes de retard…, « J’ai 5 minutes d’avance… « Je compense… »).

Si cette gymnastique vous ennuie, une autre solution est possible : au départ d’un tronçon, les deux capitaines de route qui vont « conduire » ce tronçon mettent leur compteur à zéro et affichent la fonction « vitesse moyenne » (en général AVS) : il leur sera ainsi facile de « lire » en continu où ils en sont, et de se recaler en permanence en + ou en - en se concertant. Cette démarche, impossible il y a trente ans quand les compteurs électroniques n’existaient pas, permet de s’affranchir de la mise à l’heure des montres de chacun souvent en décalage de quelques minutes. Vos kilomètres totaux parcourus continueront à être affichés (fonction ODO), soyez rassurés...

N’oubliez pas que les participants savent lire et sauront vous dire que « vous êtes en décalage avec le tableau de marche prévu ! » (car ils en disposent eux aussi ainsi que du compteur !).

En cas d’aléas de route (vent défavorable, pluie, moyenne prévue sur-évaluée…) mieux vaut être en retard avec « zéro lâchés », qu’à l’heure avec un taux important de retardés, voire pire des abandons : c’est alors que l’on fabrique des déçus de la formule qui n’y reviendront pas…

Il est également hautement recommandable de munir les « conducteurs » du tronçon en question, d’un signe distinctif connu de tous (brassard, casquette de couleur sous le casque…) de manière à ce qu’il n’y ait aucune ambiguïté sur qui « mène » le tronçon (cf. point suivant) ;

- un ou plusieurs participants qui dépassent les capitaines de route (voire qui partent devant : ça se voit parfois…) est une situation absolument anormale, ne devant en aucun cas être tolérée. les « fauteurs de troubles » doivent être d’abord avertis gentiment, puis sanctionnés sans état d’âme (retrait de la carte de route, pas d’homologation). On remarque aussi souvent des participants « qui poussent » ou qui demandent « que ça aille plus vite » : ceux-ci, s’ils persistent après information, n’ont rien à faire dans nos pelotons. D’une manière générale, les capitaines de route doivent rester sourds à toutes formes de pression ;

- vers la fin d’un arrêt, avertir de l’imminence du départ (une à deux minutes avant par exemple), puis du départ lui-même : préférer la corne plutôt que le sifflet trop connoté « gendarme » ;

- on repart alors lentement (15 km/h), d’autant plus longtemps que le groupe est important, pour permettre un regroupement facile de tous, sans « chasse » ;
- les côtes, sujet de discorde s’il en est, doivent être montées très « en dedans » (au diable encore une fois ceux qui « poussent » ou critiquent…). Les capitaines de route doivent se retourner de temps en temps pour surveiller la compacité du groupe et réduire encore l’allure le cas échéant. Décréter l’allure libre pour les côtes longues, pour les tronçons difficiles n’est qu’une solution de facilité, jamais indispensable : pour preuve, dans le Paris-col du Galibier de 1999, la montée de ce maxi-col a été effectuée en groupe à 7 km/h et ce fut une réussite ! ;

- les relances (en haut de côte, après arrêt à un feu, à un stop, à un carrefour…), doivent être elles aussi effectuées « en douceur » pour limiter les effets « ressort », les « chasse-patates » que l’on voit fréquemment, qui épuisent les participants d’autant plus qu’ils sont loin dans le peloton, et que celui-ci est conséquent.

- si on le peut, ne pas abandonner à leur sort les participants en difficulté : « L’important c’est de rester groupés… ». Un arrêt improvisé de tout le groupe ou d’une partie du groupe pour attendre un camarade en difficulté est une démarche de solidarité qui fera beaucoup pour les valeurs de l’Audax : être secourable est une disposition d’esprit qui paraît malheureusement elle aussi en voie de disparition dans nos pelotons cyclistes.

Voilà pour l’essentiel.

La conduite d’un tronçon est un acte difficile, physiquement certes, mais aussi psychiquement, nerveusement. On en sort parfois épuisé, et pas uniquement à cause des jambes. On comprend alors pourquoi il est plus facile d’être derrière et de critiquer, que de se porter volontaire pour la conduite…

Les participants à nos brevets ont des moyens physiques très inégaux : il s’agit d’amener les moins bien « lotis » d’entre eux, au bout du parcours avec une fatigue minimum ne l’oublions pas… l’Audax n’a que faire des « gros bras ». Les délais avant élimination sont larges et doivent servir justement à maintenir coûte que coûte la cohésion du groupe.

Enfin il est bien connu que les meilleurs capitaines de route ne sont en général pas les plus costauds.

Pour être un bon capitaine de route, il faut d’abord aimer les autres…

D’une manière générale il y a un travail systématique d’information verbale, éventuellement écrite, concernant ces quelques règles, à faire en amont dès la publicité du brevet, puis ensuite au départ, en plus du discours concernant la sécurité ; reconnaissons que nos règles de conduite sont suffisamment subtiles pour que certains ne les connaissent pas.

Il peut être intéressant de demander au départ à tous de mettre leur montre à l’heure de celle du capitaine de route n° 1. 

La commission cyclo de l’UAF.

 

 2003-05-06 Tell
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